Dans moins d’un mois sortira mon deuxième album, « Derrière nos masques ». Et pour citer mon pote et manager Mathias, il ne m’appartient déjà plus.
Et c’était bien là mon objectif : tenter, au départ d’une démarche personnelle, de toucher à l’universel. Vaste programme. Gros challenge.
C’est étrange, mais je suis stressé. Un peu anxieux. Un peu encombré.
Cela ressemble à cette sensation que l’on éprouve lorsqu’on vient de rencontrer quelqu’un qui nous plaît. Dont on est peut-être même tombé amoureux. Nous avons toutes et tous connu cela. Ce sentiment que tout est à la fois fragile et incertain. Qu’une invitation à « rester amis » pourrait tomber à tout moment.
Et on ne va pas se mentir, il est plutôt rare qu’une profonde amitié naisse du simple fait de s’être fait éconduire. Mais bon, si « c’est en se plantant qu’on devient une jolie plante », j’imagine que c’est en se prenant des râteaux qu’on devient un bon jardinier !
Cette petite boule dans le ventre. Ces questions qui vous turlupinent : « Et si je ne lui plais pas ? », « Et si je ne lui plais plus ? », « Est-ce que j’en fais trop ? », « Pas assez ? », « Est-ce que je ne suis pas trop bavard ? »…
Bref, vous l’aurez compris… Un bon gros besoin de dorloter une petite anxiété narcissique, au demeurant très humaine.
Alors je me raisonne. J’apprends à m’en foutre.
Je vous recommande d’ailleurs deux ouvrages passionnants du philosophe Fabrice Midal : « Devenez narcissique » et « Foutez-vous la paix ».
Le premier déconstruit une notion quelque peu amochée par une distorsion sémantique : narcissisme n'est pas vanité. Le second nous invite et nous guide, sans aucune injonction, dans cet art suprême qui consiste, non pas à se foutre de tout, mais à se l’offrir… la paix.
Le combo des deux ouvrages nous encourage finalement à beaucoup plus de gentillesse et de bienveillance envers nous-mêmes.
Parmi les belles lectures qui m’ont fait du bien, je pourrais vous en citer des dizaines. Vous en parler pendant des heures. Mais toutes, à leur manière, me ramènent à une même conviction : le développement personnel n’a, à mes yeux, aucun sens si cette démarche n’a pas vocation à nous conduire vers les autres, à la rencontre du monde.
C’est d’ailleurs peut-être là l’un des symptômes de nos crispations individualistes et civilisationnelles : cette obsession du développement personnel. L’individualité poussée jusque dans notre manière d’envisager l’introspection.
J’ai trop longtemps reçu comme une gifle à ma sensibilité les « Tu ne peux pas comprendre, c’est personnel ». Ou encore les « Aide-toi, le ciel t’aidera ».
Foutaises.
D’un côté, une forme de prétention. De l’autre, un conseil à la con.
Parce que je reste convaincu que c’est la rencontre qui fait toujours la différence. La paix que l’on s’octroie, celle que l’on offre. L’aide que l’on demande, celle que l’on reçoit. Les mains que l’on tend et celles que l’on accepte de saisir.
Et quand je fais le bilan des « collabs » (comme on dit dans le milieu), je suis empreint d’une immense reconnaissance. Et je mesure à quel point je suis privilégié.
Même si l’écriture et la composition restent des expériences très personnelles, parfois même délicieusement solitaires, une aventure musicale ne peut bien longtemps se conjuguer à la première personne du singulier.
Très vite, il faut des collègues, des amis musiciens, des copines instrumentistes, un ingénieur du son et son équipe, un studio accueillant, quelques cafés, beaucoup de patience, des idées qui fusent, d’autres qui s’effondrent, des certitudes qui vacillent et, de temps en temps, ce petit miracle qui fait que tout le monde se regarde en se disant : « Là, on tient quelque chose ! On est au bon endroit ! »
Un album, c’est toujours des centaines d’heures de travail collectif, acharné, passionné. Un investissement artistique, technique, mais surtout humain et émotionnel.
Des talents qui se retrouvent ou qui se rencontrent, des sensibilités qui se complètent et des énergies qui s’additionnent pour donner vie à ce qui, au départ, n’était qu’une petite idée dans la tête d’un type qui avait quelque chose à raconter.
Et puis, il y a tout ce qui entoure la musique. Parce qu’un album ne s’écoute pas seulement. Il se regarde aussi, se raconte, se découvre.
Une graphiste, un photographe, un réalisateur, une scénariste… Autant de regards, d’imaginaires et de savoir-faire qui viennent habiller les chansons, leur donner un visage, une couleur, une autre dimension.
À ce stade de l’aventure, je tiens déjà à exprimer toute ma reconnaissance à :
Olivier Grenson, Charles-Emmanuel De Schutter, Valeria Di Forti, Paul Minetto, Julien Gugel, Antoine Goudeseune, Sébastien Harvengt, Adrien Larock, Yvan Paduart, Olivier Fanuel, Louis Jassogne, Antoine Colin, Nicolas Stevens, Amaury Dubois, Hervé Letor, Sigrid Vandenbogaerde, Magali David, Christophe Gillard, Marie-Ange Teuwen, Laura Manda, Daddy Waku, Mister Zil, Louve Dieu, Nathaniël Dieu, Elizabeth Dieu, Julie Montignies, Basile De Vriendt, Claude Larock, StéFanny Van Hoof, Damien Dubois, Arthur Dubois, Teodora Germanova, Mathieu Buyck, Laurent Pirotte, Marie Péneau, Lilas Pirotte, Charlie Pirotte, Martine Taillois, Aline Escalon, Aurélie Chambrin, Michel Nicaise, Patricia Duponcheel, Isabelle Devillers et Mathias Pirrera.
Vos regards, vos voix, vos talents, votre disponibilité, votre soutien et votre affection me comblent.
Sans oublier toutes celles et ceux qui, hors studio, m'ont littéralement inspiré et porté dans tout le processus.
Chacune et chacun, « en vos titres et qualités », je vous remercie du fond du cœur.
Et maintenant ?
Eh bien, à cet instant, j’ai encore besoin d’un coup de main.
Après toutes ces belles rencontres qui ont permis à ce projet de prendre vie, j’aimerais en provoquer d’autres. Avec vous, cette fois. Avec celles et ceux qui auront envie de découvrir cet album, de l’écouter, de se l’approprier et, pourquoi pas, de contribuer à lui donner une autre dimension.
Car l’aventure ne s’arrête pas à la sortie d’un disque. Il reste à faire vivre ces chansons, à les emmener sur scène, à imaginer un spectacle, à leur offrir d’autres espaces de rencontre.
J’ai donc décidé de lancer une levée de fonds participative.
Je me tourne vers vous, le public, pour vous inviter à prendre part à cette nouvelle étape. À investir un peu de votre soutien dans la suite de cette aventure, selon vos envies, vos moyens et vos possibilités.
Chacun contribue à la hauteur de ce qu’il peut et de ce qu’il souhaite. Sans obligation, sans pression, sans injonction.
Et parce qu’il me semble naturel que cette générosité soit réciproque, différentes contreparties ont été imaginées pour vous remercier de votre soutien.
Mais, vous l’aurez compris, au-delà de toute considération mercantile, ce que j’espère avant tout, c’est continuer à créer des rencontres. De les amplifier.
Que cette petite idée très personnelle, née dans un coin de ma tête, poursuive son chemin, croise d’autres regards, touche d’autres sensibilités et finisse, peut-être, par raconter quelque chose de nous tous.
Après tout, c’était bien là le point de départ.
Chaque geste de sympathie, chaque denier, chaque partage de ce message, chaque mot d’encouragement trouvera toute ma reconnaissance.
D’avance, merci. ❤️
Nicolas
